Malgré la baisse des taux, le crédit immobilier reste rare et cher.
vendredi 7 novembre 2008
La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé, jeudi 6 novembre, une réduction de son principal taux directeur de 0,5 point, le faisant passer de 3,75% à 3,25%, à peine un mois après une précédente baisse de même ampleur. "Nous attendons du secteur bancaire qu’il apporte sa contribution pour restaurer la confiance (…) et qu’il prenne totalement en compte les mesures de soutien significatif adoptées par les gouvernements", a averti Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, lors d’une conférence de presse. Ce message sera-t-il entendu et, surtout, la baisse peut-elle apporter cette bouffée d’oxygène qu’attendent les emprunteurs immobiliers ? Depuis novembre 2006, la distribution de crédits à l’habitat n’a cessé de décroître, et plus sévèrement encore à partir du printemps. Fin août, les banques avaient, sur douze mois, accordé 125,4 milliards d’euros de prêts, un montant en baisse de 15,8 %, par rapport à la même période de 2007. Pour Laurent Quignon, économiste à BNP Paribas, "l’année 2008 devrait s’achever sur une chute des encours de 20 %, une tendance qui pourrait s’accentuer en 2009".
En fait, le crédit est devenu rare et cher. Crédit Logement, organisme de caution, constate que le taux moyen des crédits accordés en octobre s’établit à 5,15 % et croît pratiquement de 0,10 %, chaque mois, depuis janvier. Le courtier Empruntis a calculé que la seule hausse des taux a, en dix mois, exclu du marché environ 20 % des clients potentiels.
Cherté du crédit et prix inabordables des logements se combinent pour décourager les acquéreurs. Résultat : les achats de logements ont chuté de 25 % dans l’ancien et près de 35 % dans le neuf, ce qui plombe la construction, un secteur qui fut le moteur de la croissance depuis 2000.
"PAS ASSEZ PUISSANT"
"L’effet de la baisse du taux directeur de la BCE sur les tarifs bancaires ne sera ni immédiat ni total, prévient M.Quignon. Il faudra probablement attendre début 2009 pour le sentir, car les taux des crédits à long terme avaient déjà intégré cette annonce, attendue, et qui a même un peu déçu par son manque d’ampleur, et compte tenu des risques plus élevés que présentent les emprunteurs d’aujourd’hui."
Henry Buzy-Cazaux, le délégué général de la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim), est aussi critique : "Le geste de la BCE ne me paraît pas assez puissant pour rendre plus solvables les emprunteurs, et, sur le terrain, on a l’impression que les banques ne jouent pas le jeu, qu’elles sont toujours aussi parcimonieuses pour accorder des crédits." Les acquéreurs ont du mal à accepter un crédit à plus de 5 %, qui est un seuil psychologique.
Les banques, elles, ont fait quelques gestes envers les souscripteurs des prêts relais, pour desserrer l’étreinte, et se défendent de rationner le crédit : "Notre production n’est inférieure que de 12 % par rapport à celle de 2007, affirme Laurent Bortoli, responsable du crédit aux Caisses d’épargne. Et nous réaliserons l’objectif que nous fixe le premier ministre de distribuer 3 % à 4 % de prêts en plus, d’ici fin 2009." La ministre de l’économie, Christine Lagarde, a d’ailleurs annoncé, jeudi, qu’elle publierait chaque mois un baromètre des crédits distribués aux différents agents économiques.
"Nous sentons un frémissement de retour de la confiance entre banques, mais la situation reste anormale, avec des taux interbancaires beaucoup plus hauts que le taux directeur de la BCE, explique Thierry Dufour, directeur général délégué du Crédit Foncier. Si nous nous dirigeons vers une baisse des taux à court terme, elle est liée à à une mauvaise raison la crainte de la récession."
Pour Maël Resch, responsable de la communication d’Empruntis, un comparateur de crédit sur Internet, le problème n’est pas que bancaire : "Une vraie dynamique du marché immobilier naîtrait surtout de la baisse des prix des logements, seule à même de redonner du pouvoir d’achat aux acquéreurs."
Le blocage du marché immobilier inquiète le gouvernement. Mme Lagarde, a invité, vendredi, tous les acteurs du secteur pour une séance de travail sur le sujet. L’équation à résoudre n’est pas simple : permettre aux acquéreurs d’emprunter à nouveau et bon marché sans enrayer le mouvement de baisse des prix de vente qui s’amorce enfin.
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