Fortis remplace son directeur général.


samedi 12 juillet 2008

BRUXELLES (Reuters) - Le groupe belgo-néerlandais de services financiers Fortis annonce la démission avec effet immédiat de son directeur général, Jean-Paul Votron, et ajoute engager la recherche d’un successeur à long terme. Votron est remplacé pour l’instant par Herman Verwilst, jusqu’à présent directeur général adjoint. Dans un communiqué, Fortis se dit "convaincu que, grâce à sa grande expérience au sein du groupe, Herman Verwilst est le choix idéal pour diriger le groupe dans cette période et cet environnement difficiles".

Le conseil d’administration, poursuit-il, a décidé d’engager la recherche d’un futur successeur en interne comme à l’extérieur de l’entreprise.

Ces décisions seront soumises aux autorités de contrôle belges et néerlandaises.

Votron paie ainsi le prix de certaines des grandes décisions stratégiques prises au cours des quatre années passées à la tête du groupe, à commencer par le rachat l’an dernier des activités néerlandaises d’ABN Amro, l’une des raisons de la forte baisse de l’action Fortis en Bourse ces derniers mois.

Pour de nombreux investisseurs, le plan d’amélioration de la solvabilité de huit milliards d’euros présenté le mois dernier, qui incluait une augmentation de capital de 1,5 milliard et l’annulation de l’acompte sur dividende, a représenté le coup de grâce pour le patron du groupe.

L’action Fortis avait chuté de 19% en une seule séance le jour de l’annonce de ces mesures. Elle a perdu les deux tiers de sa valeur depuis le lancement l’an dernier de l’offre d’achat sur ABN Amro en commun avec l’espagnol Santander et le britannique Royal Bank of Scotland, pour un montant total de 70 milliards d’euros.

Plusieurs associations de défense des actionnaires avaient rappelé, lors de l’annonce du plan de recapitalisation le mois dernier, que le groupe assurait peu de temps auparavant que son bilan était solide et qu’il n’aurait besoin ni de procéder à une augmentation de capital, ni de modifier sa politique en matière de dividende.

PLAINTES

Certains investisseurs estiment en outre que Fortis aurait dû réagir l’an dernier dès le déclenchement de la crise du crédit en se retirant du projet ABN Amro ou en renégociant le prix d’acquisition.

La reprise d’une partie d’ABN Amro a grevé le bilan du groupe au moment même ou l’assèchement du crédit pesait sur son activité et sur la valorisation de ses actifs.

A son arrivée à la tête de Fortis en octobre 2004, Votron était considéré comme l’homme qui transformerait le groupe pour lui permettre d’évoluer du statut de proie potentielle au Benelux à celui d’acteur d’envergure mondiale.

Il a d’emblée manifesté un appétit certain pour les opérations de fusions-acquisitions, tentant en vain de négocier un rapprochement avec le franco-belge Dexia en 2005, avant de conclure des rachats de taille plus modeste.

Son action lui a permis de décrocher en 2006 le titre de dirigeant d’entreprise européen de l’année.

Le rachat d’ABN et deux augmentations de capital plus tard, la situation a bien changé : l’ensemble du groupe affichant désormais une valorisation inférieure aux 24 milliards d’euros déboursés l’an dernier pour la reprise d’une partie d’ABN Amro.

Les syndicats de Fortis et certains actionnaires avaient également protesté en début d’année contre la rémunération de Votron, des critiques qui n’avaient fait qu’enfler ces dernières semaines.

L’association belge de défense des consommateurs Delor a annoncé au début de la semaine son intention de porter plainte contre Fortis pour manipulation de cours. De son côté, l’association Test-Achats s’est alliée au cabinet de défense des actionnaires Deminor pour réclamer une assemblée générale extraordinaire.

L’association néerlandaise de défense des actionnaires VEB demande elle aussi des explications au groupe.

Dans son communiqué, le conseil d’administration souligne qu’il a "toujours soutenu les plans proposés par le management sous la direction de Jean-Paul Votron. On peut songer notamment à l’acquisition d’ABN AMRO et au plan récent de solvabilité".

Il précise que Votron recevra une indemnité égale à son salaire de base annuel.

A la Bourse d’Amsterdam, l’action Fortis a fini vendredi à 9,45 euros, son plus bas niveau depuis plus de cinq ans. Elle en valait 26,29 le 13 juillet 2007.

Avec Alexandra Hudson à Amsterdam, version française Marc Angrand


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